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Embargo sous-régional : Le Mali entre résilience et risques

Mercredi 27 Juillet 2022

Depuis le 9 janvier 2022, le Mali subit des sanctions économiques et financières imposées par la Cedeao et l’Uemoa. On reproche aux autorités de la transition de ne pas présenter un chronogramme pour la tenue des élections. Cinq mois après l’entrée en vigueur de ces sanctions, l’économie malienne continue de tenir tant bien que mal, quoique certains secteurs, faut-il le noter, sont plus affectés que d’autres. Mais si les conséquences de cet embargo sous-régional sont jusque-là contenues par l’Etat malien, les risques d’une situation de plus en plus intenable sur les prochains mois, sont de plus en plus élevés, si les sanctions perdurent.


Embargo sous-régional : Le Mali entre résilience et risques
Pour un total de 236 milliards de FCFA, soit un peu moins de 30 milliards de FCFA pour les créanciers extérieurs et 201 milliards de FCFA pour les investisseurs dans les titres publics, constituent le cumul des échéances à payer non honorées par le Mali vis-à-vis de ses créanciers et autres bailleurs de fonds à fin avril 2022. Ces chiffres confirmés par le ministre malien de l’économie et des finances, Alousseini Sanou, résultent directement du gel des avoirs de l’Etat malien au niveau des banques centrales et commerciales de la Cedeao, mais aussi de la suspension de toutes les transactions entre les pays de la sous-région et le Mali.

Cette situation a également réduit substantiellement les moyens de l’Etat, qui joue un rôle central dans l’économie malienne à travers les grands projets et investissements qui génèrent des emplois, avec beaucoup d’autres effets induits. Du fait de la non possession de l’entièreté de ses avoirs, l’Etat malien et à travers lui presque toute l’administration publique du pays est impactée de plein de fouet : les budgets de fonctionnement de chaque département ont été réduits à un strict minimum de 15%.
Au-delà de l’incapacité de l’Etat malien à rembourser ses dettes, les sanctions à lui imposées lui font enregistrer   d’énormes manques à gagner évalués au niveau de la mobilisation des recettes fiscales et douanières à quelques centaines de milliards de FCFA au 1er trimestre 2022, soit un peu plus de deux mois seulement après l’imposition de l’embargo.
La fermeture des frontières occasionne des droits de douanes en moins pour l’Etat, qui constituent en temps normal 37% des recettes fiscales et les impôts 53%. A eux deux, les recettes fiscales et les impôts, font 90% des recettes de l’Etat.
« Les impôts étant collectés sur les bénéfices, s’il n’y a pas d’activités, et que les entreprises vont petit à petit à la faillite, elles ne seront donc pas en mesure de produire, à plus forte raison, faire des bénéfices et payer des impôts », relève l’économiste Modibo Mao Makalou.
« Plus grave, le Mali qui est un pays dont le PIB dépend à 60% du commerce extérieure, est aujourd’hui sanctionné et ne pouvant plus faire du commerce avec ses voisins, le pays est tout simplement empêché de vivre », poursuit-il.

BTP, un secteur fortement touché

L’embargo se ressent particulièrement au niveau des matériaux de construction et de finition, dont l’importation     a été arrêtée, engendrant ainsi la flambée des prix dans le secteur.

Le ciment est devenu presque inaccessible, son prix est passé de 95 000 à 125 000, voire 130 000, francs CFA la tonne, par endroits. Le m² du béton est passé de son coté de 160 000 à presque 200 000 francs CFA.

 Par conséquent, comme l’explique un professionnel du secteur qui a requis l’anonymat, les prix des bâtiments ont augmenté. A l’en croire, ceux qui coûtaient 40 millions de francs CFA reviennent désormais à 60 millions ou même 70 millions.

Les tuyaux PVC de 21 000 francs CFA, sont passés à 30 000 francs. Les fils et câbles, ont aussi augmenté passant de 10 000, à 20 000 francs.  Les panneaux solaires ne sont pas en reste. Les nouveaux modèles sont passés de 75 à 80000 FCFA tandis que les anciens passent de 20000FCFA, à 45 000 voire 65 000.

D’autres matériels ont augmenté soudainement au moins de 100 000 francs, informe-t-il.  Par conséquent, beaucoup de chantiers entamés avant l’entrée en vigueur des sanctions de l’Uemoa et de la Cedeao tournent au ralenti lorsqu’ils ne sont pas pour la plupart suspendus momentanément.
Risques pour les unités industrielles et investissements impactés

Les sanctions de l’Uemoa et de la Cedeao sur le Mali peuvent avoir des effets négatifs sur la sécurité alimentaire et sur le taux d’inflation, malgré la maitrise pour le moment, par l’Etat malien de l’approvisionnement des marchés.
Mais, la crise multidimensionnelle que le pays subit depuis des années à laquelle s’ajoute les difficultés occasionnées par la guerre en Ukraine sur le marché mondial, l’inflation est en train de prendre l’ascenseur.

En effet, la flambée des prix du blé dans le monde a été un facteur aggravant car, le Mali est déjà sous les effets des sanctions sous-régionales, alors que la plupart des unités industrielles ont le blé comme matière première. Par conséquent, non seulement les prix des produits finis ont augmenté, et du coup, certaines de ces industries seront obligées de réduire le nombre de leurs employés car seront en sous production faute de matières premières.

Sur un autre plan, la note financière du Mali dégradée   par l’agence de notation Moody’s passant de Caa1 à Caa2 influence négativement les perspectives d’investissement étrangers, selon le ministre de l’économie et des finances.

Dans un récent entretien accordé au quotidien national malien, il expliquait que cette dégradation de la notation détériorait les relations d’affaires des banques maliennes avec leurs correspondants de même que les courants d’affaires du secteur privé avec l’extérieur, la note maximale d’une entreprise étant celle de son pays.

« Le risque d’investissement au Mali auprès des investisseurs régionaux et internationaux est perçu comme très importants. En outre, les retards de paiement bien qu’indépendants de la capacité financière du Mali altèrent la qualité de la signature du pays auprès de ses partenaires financiers », regrette le ministre.

« Tant que les sanctions ne seront pas levées, le Mali restera dans cette situation et nous iront d’impayés en insolvable. Ce qui voudra dire que prochainement le pays aura des difficultés à emprunter de l’argent et les prêts lui seront cédés à un taux plus élevé parce que considéré comme un pays risqué », alerte M. Makalou.

Dans la loi des finances 2022, il est noté un déficit budgétaire de 618 milliards FCFA qui, en principe devrait être comblé par de l’argent provenant en grande partie du marché régional de l’Uemoa.  A titre d’exemple, en 2021, le Mali avait emprunté sur ce marché, 797 milliards FCFA pour combler ces besoins de trésorerie. Mais avec les sanctions depuis le 9 janvier, non seulement le pays ne peut pas rembourser les anciennes dettes mais aussi il ne peut pas obtenir de nouveaux emprunts.

« Robinet extérieur » fermé

La banque mondiale qui finance une trentaine de projets dans le pays (20 d’envergure nationale et une dizaine dans les régions) à fort impact sur la résilience de l’économie nationale, a suspendu mi- avril dernier, ses décaissements en faveur desdits projets, le Mali ayant excédé 45 jours d’impayés de ses dûs (7 milliards 700 millions) auprès de l’institution de Breton Woods. 

Ces projets couvrent l’ensemble des secteurs, entre autres l’élevage, l’électrification, les routes et leur entretien, l’aménagement agricole, mais également des programmes de filets sociaux pour procurer des moyens de lutte contre la pauvreté aux populations dans les milieux ruraux.

 « Dès lors que ces financements sont suspendus, outre les bénéficiaires de ces différents projets qui sont aussi impactés, toutes les personnes qui travaillaient et qui étaient payées sur la base de ces projets, se retrouveront automatiquement au chômage. Ceux qui parmi eux sont fonctionnaires vont faire face à une diminution de revenus, obligés de se contenter que du revenu salarial », des projets alternatifs en terme de compensation n’existent pas pour l’heure, constate l’économiste, enseignant-chercheur à la FSEG, Pr. Abdoul Karim Diamouténé de l’Université de Bamako.

« La banque mondiale est un précurseur. Tous les autres bailleurs vont suivre. Si la Banque mondiale décide de revenir, les autres reviendront. Si l’Etat malien n’arrive pas à payer la dette de la Banque mondiale et qu’il a de mauvaises relations avec elle, même les investisseurs privés seront regardant sur ce qu’il fait avec la Banque mondiale », explique pour sa part l’économiste Modibo Mao Makalou.

Banques maliennes, « sauveurs » de l’Etat

Malgré les difficultés réelles pendant ces cinq mois pour l’Etat malien et pour l’économie malienne, les impacts négatifs ne se font pas trop sentir en partie parce que l’Etat a demandé aux banques maliennes de continuer à le servir. Si cela a été possible, c’est parce que les banques maliennes en dépit de l’embargo continuent de se refinancer auprès de la banque centrale.

En plus, l’Etat malien, avant la prise des sanctions contre lui, ne s’était pas complètement conformé à l’obligation d’avoir un compte unique au niveau de la banque centrale et possède encore des sous comptes au niveau des banques maliennes secondaires à capitaux publics, tels que la Banque de développement du Mali (BDM) et la Banque malienne de Solidarité (BMS).

« Au Mali, la particularité est que   ce sont les entreprises qui sont apporteuses de dépôts auprès des banques, et les ONG. La conséquence   des sanctions, est qu’aujourd’hui les entreprises, touchées sont devenues plus demanderesse de crédits. Mais les banques préfèrent prêter à l’Etat en achetant les titres publics. Actuellement 80% de la dette intérieure de l’Etat est représentée par les bons et obligations publics. Cela fait que l’Etat a diminué son train de vie mais quand même arrive à fonctionner et à payer les salaires parce qu’il prend la place des entreprises auprès des banques », explique Moussa Niang, secrétaire administratif du Syndicat national des assurances, banques et établissements financiers du Mali (SYNABEF).

« Plus de 60% du budget de l’Etat va dans les salaires. La recette intérieure est à peu près 60% du budget. Les 40% viennent soit des Maliens de l’extérieur soit de l’aide au développement. Or cette aide a été arrêtée depuis les coups d’Etats. Le pays reçoit ainsi moins de l’étranger et ne compte que sur les recettes intérieures. Pour compléter, l’Etat est obligé de s’endetter auprès des banques, ce qui arrange ces dernières, parce qu’elles continuent   par-là à produire », poursuit-il.

De manière plus explicite, l’Etat malien tente de maintenir les dépenses publiques en se rabattant sur le financement des banques maliennes, qui en retour vont sevrer les entreprises de prêts pour les octroyer à l’Etat pour que ce dernier puisse tenir.

« Mais cela n’est pas tenable à long terme parce que si jamais la liquidité des banques est touchée, l’Etat aura du mal à s’en sortir et au même moment les entreprises ne pourront plus de leur côté arriver à tenir les salaires », craint M. Niang. Les Banques ont déclaré 300 milliards d’impayés, qu’elles n’ont pas recouvrés auprès des entreprises, ce qui justifie dans une autre mesure leur choix de prêter plus à l’Etat au détriment de ces dernières.

Crise de liquidité ?

Même si les banques permettent à l’Etat malien de s’en tirer tant bien que mal depuis cinq mois, elles courent le risque d’être à un moment ou à un autre, confrontées à une crise de liquidité, si les sanctions perdurent, en raison de leur interdépendance avec les autres banques   sous-régionales.

« Sur les 14 banques maliennes, il n’y a que deux qui sont détenues majoritairement par les Maliens, la BMS et la BDM. Les autres étant multinationales, reçoivent aussi de l’aide des banques des autres pays.  Or, les aides entre filiales ont été stoppées en raison des sanctions », indique le secrétaire administratif du SYNABEF.

« Les banques vont être obligées de s’ajuster. Cela joue sur les prêts qu’elles peuvent octroyer et c’est le secteur privé qui est pénalisé et les clients y compris, la banque elle-même en premier, car ne pouvant pas entreprendre toute son activité », fait remarquer d’autre part l’économiste Modibo Mao Makalou.

Opportunité de restructuration

Les effets des sanctions économiques et financières sur le Mali, même s’ils rendent difficile une situation déjà très compliquée pour le pays en raison de la crise multidimensionnelle qu’il subit depuis des années, ne sont pas que négatifs.

Le pays, qui a l’occasion de diversifier ses partenaires commerciaux, a d’ores et déjà boosté ses échanges avec la Guinée et la Mauritanie, en se rabattant sur les ports de ces deux pays pour son approvisionnement et ses exportations.

 Le 6 mai 2022, a été lancé un premier convoi de 1.000 tonnes de coton répartis entre 30 camions gros porteurs vers le port de Conakry. Cela était précédé   le 25 février 2022 de 53 gros porteurs remplis de cotons ayant inauguré l’axe Bamako-Nouakchott suivi d’un accord de partenariat commercial et économique entre le Mali et la Mauritanie entré en vigueur le 14 mars 2022.

Par ailleurs selon certains analystes, cette crise qu’occasionnent les sanctions de la Cedeao et de l’Uemoa au Mali constitue une opportunité pour les autorités du pays pour repenser l’économie malienne.

« Les grandes inventions naissent des difficultés. Cette crise devrait permettre au Mali de prendre conscience et être une opportunité pour se ressaisir. Il faut construire une économie qui rend les autres dépendants de nous afin que désormais lorsqu’il s’agira de sanctionner, que les dirigeants sous-régionaux réfléchissent mûrement. Cette crise donne une idée du type de structuration de l’économie malienne à construire pour la rendre plus forte », pense Pr. Abdoul Karim Diamouténé.
« La crise devrait servir à nous remettre en question et à revoir un peu comment nous devrions diminuer nos importations et améliorer la production et la transformation locale », renchérit également Modibo Mao Makalou.

Le Mali devrait d’ailleurs abriter du 20 au 25 mai 2022, un forum d’investissements de l’Organisation mondiale des panafricanistes, pour inciter « des investissements directs différents du modèle de dette de la Banque mondiale ».
L’initiative est soutenue par le BRICS, un consortium de Banques regroupant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.
Lejecos Magazine
 














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