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Pour qu'il n'y ait plus de déshérités face à la pandémie

Lundi 18 Octobre 2021

Rien ou presque n’a divisé le monde comme le Covid-19. Les pays les plus riches ont plus de doses de vaccin qu’il ne leur en faut pour protéger leurs habitants des ravages du virus, alors que les pays les plus pauvres n’en ont pas. Ceux des pays du Nord ont aussi les moyens d’éviter la catastrophe économique et les perturbations sociales en recourant à de gigantesques plans de sauvegarde, alors que des centaines de millions de personnes dans les pays du Sud ont été précipitées dans l’extrême pauvreté.


Cette injuste division rend l’humanité beaucoup plus vulnérable aux prochaines étapes de la pandémie tout comme aux autres crises systémiques susceptibles de se produire.
Nous dirigeons des œuvres philanthropiques qui comptent parmi les plus importantes au monde et nous savons d’expérience deux choses. La première, c’est que les grandes évolutions, comme l’histoire nous l’enseigne, sont toujours déclenchées par quelque crise profonde. La seconde, que le monde ne parviendra qu’en se rassemblant à mobiliser ses forces pour mener les actions audacieuses et urgentes nécessaires pour infléchir les grandes divergences qu’on constate aujourd’hui entre les nantis et les déshérités. Nous ne pourrons lancer une ère de progrès et de transformation que par la coopération et la coordination.

C’est pourquoi la Fondation Aloko Dangote, la Fondation Archewell, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Chaudhary au Népal, la Fondation du Fonds d’investissement pour l’enfance, la fondation Conrad N. Hilton, la Fondation Ford, la Fondation Saldarriaga Concha, le Kasigo Trust, la Fondation MasterCard, la Fondation Mo Ibrahim, les Fondations pour une société ouverte, les Philanthropies OppGen, la Fondation Rockefeller et la Fondation William et Flora Hewlett joignent aujourd’hui leurs forces afin de créer une alliance mondiale des fondations. Et nous invitons les autres organisations philanthropiques à rejoindre notre réseau.

Lors de notre première rencontre, cette semaine, nous avons convenu que nos organisations, qui se sont engagées collectivement à débloquer 3 milliards de dollars pour combattre le Covid-19, vont mobiliser de nouvelles ressources, plus d’expertise et plus de moyens de sensibilisation afin de soutenir les initiatives globales. Nos stratégies se conformeront aux conseils d’institutions comme l’Organisation mondiale de la santé et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, ainsi qu’à ceux des groupes de la société civile et des dirigeants locaux de par le monde.

Au cours de l’année écoulée, nos institutions respectives ont soutenu les collectivités et les personnes en première ligne face à la crise et qui ont fait preuve du meilleur que puisse offrir l’humanité : engagement, solidarité, courage et compassion. Aujourd’hui, les dirigeants des pays riches et des institutions mondiales doivent en faire autant.

Afin d’encourager une nécessaire action mondiale, notre coalition se mettra au service de deux buts essentiels. Tout d’abord, le monde doit assumer collectivement la responsabilité des objectifs ambitieux fixés par l’OMS, qui sont de vacciner au moins 40 % de la population des pays à revenu faible et intermédiaire d’ici la fin de cette année, et 70 % d’ici septembre 2022. Nous en appelons aux dirigeants des États et aux responsables politiques – notamment ceux qui participent cette semaine aux réunions de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international à Washington, ainsi qu’au sommet du G20, à Rome, à la fin du mois – pour fournir les doses mais aussi les moyens financiers et la logistique indispensables à la réalisation de ces objectifs.

Les États qui ont stocké des centaines de milliers de doses de vaccin doivent les redistribuer sans attendre aux pays peu vaccinés avant que n’expire leur date de péremption   dans les prochains mois. Et si l’on regarde au-delà de l’urgence et des besoins immédiats, nous devons assurer les investissements indispensables à la construction à plus long terme de capacités de fabrication de produits pharmaceutiques dans les pays pauvres, de sorte que nous soyons prêts lorsque surviendra la prochaine crise de santé publique.

Deuxièmement, afin d’accélérer la reprise économique mondiale, nous prions instamment les gouvernements des pays à haut revenu de réallouer au moins 100 milliards de dollars sur leurs droits de tirage spéciaux (DTS – les avoirs de réserve du FMI) inutilisés en 2021 pour les pays à revenu faible et intermédiaire. Nous les prions aussi de s’engager, pour un montant de 100 milliards de dollars, à la reconstitution du fonds de l’Association internationale pour le développement, détenu pas la Banque mondiale, pour venir en aide aux pays les plus pauvres dans leur lutte contre la pandémie et favoriser leur reprise économique.

Nous croyons que les fondations, qu’elles œuvrent au sein de la nouvelle coalition ou en leur nom propre, peuvent jouer un rôle crucial de soutien aux efforts nationaux et mondiaux et de dynamisation de ceux-ci. Ensemble, nous soutiendrons les voix de celles et ceux qui exigent que les dirigeants joignent l’acte à la parole pour ce qui concerne la santé publique et la reprise économique globales.

Nous n’avons pas de temps à perdre. Chaque mois de tergiversation se solde par des risques inutiles et plus d’injustices, par les possibilités offertes à de nouveaux variants, potentiellement plus dangereux, de prospérer, par l’exposition de populations entières à la contagion et à la mort, par le creusement des inégalités et la chute dans la grande pauvreté de populations supplémentaires, enfin par l’entretien des braises de l’agitation sociale et politique. Et c’est au moment où nous sommes confrontés à la menace existentielle du changement climatique que nous devons réagir à tout cela.

Plus nous temporiserons, plus nous compromettrons nos chances de réussir. L’inaction se traduira par des entreprises qu’il sera trop tard pour lancer, par des heures de cours perturbées alors qu’écoliers et étudiants ont soif d’apprendre, et par des mois supplémentaires de chômage infligés à des gens qui sont prêts à retourner travailler.

La pandémie n’est pas, tant s’en faut, le seul problème posé à l’humanité, aussi nos fondations continueront-elles à travailler dans de nombreuses régions et à nombre d’autres questions lorsque seront passées les crises sanitaire et économique qui nous occupent actuellement. Mais nous savons que faute d’agir aujourd’hui, ces crises corrélées s’ajouteront aux autres défis lancés aux humains à plus long terme. Nous savons aussi qu’ensemble nous pouvons faire face dans ce moment difficile et contribuer à garantir un avenir plus équitable et durable pour tous.
Cette tribune est également signée par Zouera Youssoufou, Fondation Aliko Dangote ; James Holt, Fondation Archewell ; Mark Suzman, Fondation Bill et Melinda Gates ; Nirvana Chaudhary, Fondation Chaudhary ; Kate Hampton, Fondation du Fonds d’investissement pour l’enfance ; Peter Laugharn, Fondation Conrad N. Hilton ; Juan Pablo Alzate, Fondation Saldarriaga Concha ; Boichoko Ditlhake, Kagiso Trust ; Reeta Roy, Fondation MasterCard ; Nathalie De La Palme, Fondation Mo Ibrahim ; Emmanuel Owusu-Sekyere, Philanthropies OppGen, et Larry Kramer, de la Fondation William et Flora Hewlett.
Mark Malloch-Brown, ancien vice-secrétaire général de l’ONU, ancien coprésident de la Fondation pour les Nations unies, est directeur général des Fondations pour une société ouverte (Open Society Foundations). Raj Shah est président de la Fondation Rockefeller. Darren Walker est président de la Fondation Ford.
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