Entre ambition souveraine et défi d'exécution, l'Afrique tente de reprendre la main sur son propre capital. Le point de départ du Consensus est une réalité que les économistes africains répètent depuis des décennies : l'Afrique est riche en épargne, mais cette épargne ne finance pas l'Afrique. Les fonds de pension du continent, les fonds souverains, les compagnies d'assurance et de réassurance gèrent des centaines de milliards de dollars (dont une part considérable est investie hors du continent), faute d'instruments adaptés, de marchés suffisamment profonds et de mécanismes de partage des risques crédibles.
Pendant ce temps, les États africains empruntent à des taux qui reflètent non pas leur réalité économique, mais la perception extérieure de leur risque (une perception souvent déconnectée des fondamentaux), construite dans des salles de marché de New York ou de Londres par des analystes qui ne distinguent parfois pas le Sénégal de la Sierra Leone.
C'est ce cercle vicieux que le Consensus d'Abidjan entend briser.
Le texte adopté à Abidjan, ce 9 avril 2026 sous le patronage du président Alassane Ouattara, l'assume explicitement, notant « avec préoccupation le recul continu de l'aide publique au développement et la persistance d'un coût élevé du capital pour les pays africains ». La réponse proposée est structurelle : ne pas attendre que le monde devienne plus juste, mais bâtir les instruments qui permettront à l'Afrique de financer ses priorités sur ses propres termes.
Ce que dit concrètement le texte
Une fois le diagnostic posé, le Consensus s'articule autour de onze engagements qui forment une architecture cohérente. Le premier et le plus fondamental est la réorientation de l'épargne intérieure africaine vers des investissements productifs sur le continent, via des « instruments coordonnés, des mécanismes de rehaussement du crédit et des infrastructures de marché ». Traduction concrète : créer les conditions pour que le fonds de pension ivoirien investisse dans une infrastructure sénégalaise, que la caisse de dépôts marocaine refinance une obligation émise au Ghana, que l'assureur nigérian prenne une exposition sur un projet agricole tanzanien.
Le deuxième axe majeur est l'intégration des marchés de capitaux africains. Le texte vise l'harmonisation des cadres réglementaires, l'admission transfrontalière aux marchés et le développement d'instruments en monnaie locale. C'est le chantier le plus complexe techniquement (et probablement le plus décisif pour réduire structurellement le coût du capital africain). Aujourd'hui, la fragmentation des marchés financiers du continent contraint chaque émetteur à se refinancer dans un marché étroit, ce qui renchérit mécaniquement le coût des emprunts.
Un troisième engagement mérite attention : le renforcement du « vivier de projets bancables ». C'est un problème réel et souvent sous-estimé. Les discussions sur la réforme financière mondiale achoppent souvent sur ce point : le capital n'est pas absent, les projets prêts à recevoir ce capital le sont. Préparer, documenter et standardiser les projets d'investissement à l'échelle continentale est un préalable à toute mobilisation de capitaux privés sérieuse.
L'ancrage social : une nouveauté à surveiller
Une inflexion notable du Consensus d'Abidjan par rapport aux textes financiers africains habituels est la place accordée aux enjeux sociaux. Le texte affirme explicitement que l'emploi des jeunes, l'autonomisation économique des femmes et la croissance inclusive ne sont pas « des objectifs secondaires, mais des moteurs premiers de la transformation ». Le point 5 engage les signataires à veiller à ce que le déploiement du capital « soutienne activement le dividende démographique du continent ».
Cette formulation est significative dans un contexte africain où la pression démographique est à la fois une opportunité (le continent le plus jeune du monde) et un risque potentiel si des millions de jeunes entrent chaque année sur des marchés du travail incapables de les absorber. Intégrer cette variable dès la conception de l'architecture financière, plutôt que de la traiter comme un objectif parallèle, représente une évolution dans la doctrine.
NAFAD - Un nom, mais quelle institution ?
Le point 11 du Consensus décide que ce cadre sera désormais désigné sous le nom de Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD). Le choix de l'acronyme est délibéré : il rappelle que chaque instrument doit être « ancré dans une finalité de développement claire ». Mais au-delà du nom, la question institutionnelle reste en suspens. Le texte demande à la Banque africaine de développement de faciliter le suivi du Consensus, notamment en « convoquant des revues périodiques et en rendant compte des progrès accomplis ». La BAD joue donc le rôle de gardien du processus (un rôle qu'elle connaît bien pour l'avoir exercé dans d'autres cadres de coordination continentale, avec des résultats variables).
Le point 9 du Consensus prévoit explicitement « une architecture de coordination permanente avec des rôles institutionnels clairs, un cycle annuel d'évaluation et un mécanisme transparent de suivi des progrès ». L'expérience africaine en matière d'engagements collectifs continentaux (de Maputo sur l'agriculture à Abuja sur la santé) enseigne que la qualité du dispositif de suivi est souvent la variable qui fait la différence entre un texte fondateur et un texte oublié.
Les onze engagements en bref
Le Consensus d'Abidjan s'articule autour de onze points : adhésion à la NAFAD comme cadre continental ; mobilisation de l'épargne intérieure africaine ; architecture continentale de partage des risques ; intégration des marchés de capitaux ; emploi des jeunes et autonomisation économique des femmes comme priorités centrales ; financement des grandes initiatives transformatrices (agriculture, énergie, infrastructures, santé, numérique) ; renforcement du vivier de projets bancables ; implication des gouvernements et régulateurs ; coordination permanente post-Dialogue ; invitation aux partenaires internationaux à respecter la souveraineté africaine ; désignation officielle sous l'acronyme NAFAD.
Malick NDAW
Pendant ce temps, les États africains empruntent à des taux qui reflètent non pas leur réalité économique, mais la perception extérieure de leur risque (une perception souvent déconnectée des fondamentaux), construite dans des salles de marché de New York ou de Londres par des analystes qui ne distinguent parfois pas le Sénégal de la Sierra Leone.
C'est ce cercle vicieux que le Consensus d'Abidjan entend briser.
Le texte adopté à Abidjan, ce 9 avril 2026 sous le patronage du président Alassane Ouattara, l'assume explicitement, notant « avec préoccupation le recul continu de l'aide publique au développement et la persistance d'un coût élevé du capital pour les pays africains ». La réponse proposée est structurelle : ne pas attendre que le monde devienne plus juste, mais bâtir les instruments qui permettront à l'Afrique de financer ses priorités sur ses propres termes.
Ce que dit concrètement le texte
Une fois le diagnostic posé, le Consensus s'articule autour de onze engagements qui forment une architecture cohérente. Le premier et le plus fondamental est la réorientation de l'épargne intérieure africaine vers des investissements productifs sur le continent, via des « instruments coordonnés, des mécanismes de rehaussement du crédit et des infrastructures de marché ». Traduction concrète : créer les conditions pour que le fonds de pension ivoirien investisse dans une infrastructure sénégalaise, que la caisse de dépôts marocaine refinance une obligation émise au Ghana, que l'assureur nigérian prenne une exposition sur un projet agricole tanzanien.
Le deuxième axe majeur est l'intégration des marchés de capitaux africains. Le texte vise l'harmonisation des cadres réglementaires, l'admission transfrontalière aux marchés et le développement d'instruments en monnaie locale. C'est le chantier le plus complexe techniquement (et probablement le plus décisif pour réduire structurellement le coût du capital africain). Aujourd'hui, la fragmentation des marchés financiers du continent contraint chaque émetteur à se refinancer dans un marché étroit, ce qui renchérit mécaniquement le coût des emprunts.
Un troisième engagement mérite attention : le renforcement du « vivier de projets bancables ». C'est un problème réel et souvent sous-estimé. Les discussions sur la réforme financière mondiale achoppent souvent sur ce point : le capital n'est pas absent, les projets prêts à recevoir ce capital le sont. Préparer, documenter et standardiser les projets d'investissement à l'échelle continentale est un préalable à toute mobilisation de capitaux privés sérieuse.
L'ancrage social : une nouveauté à surveiller
Une inflexion notable du Consensus d'Abidjan par rapport aux textes financiers africains habituels est la place accordée aux enjeux sociaux. Le texte affirme explicitement que l'emploi des jeunes, l'autonomisation économique des femmes et la croissance inclusive ne sont pas « des objectifs secondaires, mais des moteurs premiers de la transformation ». Le point 5 engage les signataires à veiller à ce que le déploiement du capital « soutienne activement le dividende démographique du continent ».
Cette formulation est significative dans un contexte africain où la pression démographique est à la fois une opportunité (le continent le plus jeune du monde) et un risque potentiel si des millions de jeunes entrent chaque année sur des marchés du travail incapables de les absorber. Intégrer cette variable dès la conception de l'architecture financière, plutôt que de la traiter comme un objectif parallèle, représente une évolution dans la doctrine.
NAFAD - Un nom, mais quelle institution ?
Le point 11 du Consensus décide que ce cadre sera désormais désigné sous le nom de Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD). Le choix de l'acronyme est délibéré : il rappelle que chaque instrument doit être « ancré dans une finalité de développement claire ». Mais au-delà du nom, la question institutionnelle reste en suspens. Le texte demande à la Banque africaine de développement de faciliter le suivi du Consensus, notamment en « convoquant des revues périodiques et en rendant compte des progrès accomplis ». La BAD joue donc le rôle de gardien du processus (un rôle qu'elle connaît bien pour l'avoir exercé dans d'autres cadres de coordination continentale, avec des résultats variables).
Le point 9 du Consensus prévoit explicitement « une architecture de coordination permanente avec des rôles institutionnels clairs, un cycle annuel d'évaluation et un mécanisme transparent de suivi des progrès ». L'expérience africaine en matière d'engagements collectifs continentaux (de Maputo sur l'agriculture à Abuja sur la santé) enseigne que la qualité du dispositif de suivi est souvent la variable qui fait la différence entre un texte fondateur et un texte oublié.
Les onze engagements en bref
Le Consensus d'Abidjan s'articule autour de onze points : adhésion à la NAFAD comme cadre continental ; mobilisation de l'épargne intérieure africaine ; architecture continentale de partage des risques ; intégration des marchés de capitaux ; emploi des jeunes et autonomisation économique des femmes comme priorités centrales ; financement des grandes initiatives transformatrices (agriculture, énergie, infrastructures, santé, numérique) ; renforcement du vivier de projets bancables ; implication des gouvernements et régulateurs ; coordination permanente post-Dialogue ; invitation aux partenaires internationaux à respecter la souveraineté africaine ; désignation officielle sous l'acronyme NAFAD.
Malick NDAW



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