Le Consensus d'Abidjan ne mentionne pas explicitement la question des dettes souveraines africaines, dont plusieurs États peinent à assurer le service. Il n'aborde pas non plus les tensions entre la logique de rendement des investisseurs institutionnels africains et la nécessité de financer des projets à fort impact social mais à rentabilité financière modeste. Et il reste silencieux sur la question du rôle des grandes puissances (notamment la Chine, dont la présence financière en Afrique est massive) dans cette nouvelle architecture.
Ces silences ne sont pas des oublis. Ce sont les limites naturelles de ce que onze engagements collectifs peuvent contenir sans perdre leur base de consensus.
Le défi de la mise en œuvre
L'Afrique a une longue histoire de textes visionnaires dont l'implémentation a déçu les espoirs qu'ils soulevaient. Le Consensus d'Abidjan en est conscient (il a été précédé de « vastes consultations menées depuis octobre 2025 avec l'écosystème financier africain », ce qui lui confère une légitimité bottom-up relativement rare dans ce type d'exercice. Cette méthode de consultation augmente les chances d'appropriation réelle par les acteurs du secteur privé financier africain, sans qui aucune de ces ambitions ne peut se concrétiser.
La vraie mesure du Consensus d'Abidjan ne se prendra pas dans douze mois. Elle se prendra quand un fonds de pension kényan aura effectivement investi dans une obligation verte sénégalaise, quand un mécanisme de garantie continental aura permis à une PME congolaise d'accéder à un financement qu'elle n'aurait jamais obtenu sans lui, quand un jeune entrepreneur ghanéen aura pu lever des capitaux sur un marché régional unifié plutôt que de dépendre d'un investisseur londonien.
En attendant, Abidjan aura au moins offert au continent un cadre commun de pensée et d'action. Onze engagements, une ambition continentale et une question centrale : cette fois, les mots se traduiront-ils en actes ?
Dans une Afrique qui s'interroge sur sa relation au capital international, c'est déjà quelque chose.
Malick NDAW
Ces silences ne sont pas des oublis. Ce sont les limites naturelles de ce que onze engagements collectifs peuvent contenir sans perdre leur base de consensus.
Le défi de la mise en œuvre
L'Afrique a une longue histoire de textes visionnaires dont l'implémentation a déçu les espoirs qu'ils soulevaient. Le Consensus d'Abidjan en est conscient (il a été précédé de « vastes consultations menées depuis octobre 2025 avec l'écosystème financier africain », ce qui lui confère une légitimité bottom-up relativement rare dans ce type d'exercice. Cette méthode de consultation augmente les chances d'appropriation réelle par les acteurs du secteur privé financier africain, sans qui aucune de ces ambitions ne peut se concrétiser.
La vraie mesure du Consensus d'Abidjan ne se prendra pas dans douze mois. Elle se prendra quand un fonds de pension kényan aura effectivement investi dans une obligation verte sénégalaise, quand un mécanisme de garantie continental aura permis à une PME congolaise d'accéder à un financement qu'elle n'aurait jamais obtenu sans lui, quand un jeune entrepreneur ghanéen aura pu lever des capitaux sur un marché régional unifié plutôt que de dépendre d'un investisseur londonien.
En attendant, Abidjan aura au moins offert au continent un cadre commun de pensée et d'action. Onze engagements, une ambition continentale et une question centrale : cette fois, les mots se traduiront-ils en actes ?
Dans une Afrique qui s'interroge sur sa relation au capital international, c'est déjà quelque chose.
Malick NDAW



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