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Entendre les voix des jeunes agriculteurs africains

Mardi 12 Juin 2018

L’Afrique traverse une crise de l’emploi des jeunes. D’ici 2035, quelques 350 millions nouveaux emplois devront être créés et l’agriculture, la principale industrie du continent, pourrait en fournir la majorité. Mais à l’heure actuelle, les jeunes se détournent des travaux agricoles pour trouver un emploi en ville. Pour combler ce fossé en matière d’emplois, l’agro-industrie doit générer des emplois pour les jeunes.


Cette question est au centre des recherches que j’ai effectuées dans le cadre du Youth Think Tank, une initiative menée par des jeunes en partenariat avec l’agence de développement Restless Development Uganda et la Fondation MasterCard. Dans un récent rapport, nous avons rendu compte des expériences de jeunes agriculteurs africains de sept pays et découvert que le meilleur moyen d’inciter les jeunes à gérer des exploitations agricoles est d’améliorer leur connaissance et leur utilisation des nouvelles technologies.
De nombreux jeunes à qui nous avons parlé nous ont dit que le principal obstacle à une carrière dans le secteur agricole est l’acquisition des compétences techniques et numériques nécessaires pour réussir sur le marché actuel de l’agroalimentaire. Compte tenu du fait que des technologies comme l’informatique en nuage, les capteurs et sondes de sols et les drones de prévisions météorologiques changent la manière dont les aliments sont produits, conditionnés et distribués, la maîtrise de la culture numérique est tout aussi importante que l’accès à des terres arables et des semences de qualité. Il est donc logique que si davantage de jeunes sont en mesure d’acquérir les compétences numériques nécessaires, plus grande sera la proportion d’entre eux qui trouveront un emploi dans ce secteur.
Pour comprendre l’importance des nouvelles technologies pour les jeunes agriculteurs africains, il faut comprendre la question de l’accès aux terres agricoles.  La majorité de ces terres sont attribuées selon des systèmes de distribution héréditaire ou communautaire et lorsque de nouveaux lopins sont impartis, ils sont en général plus petits que ceux octroyés aux générations précédentes. Pour avoir des activités rentables, les jeunes agriculteurs doivent produire plus sur des surfaces réduites, et donc innover.
Notre étude a révélé que les meilleures solutions pour les jeunes agriculteurs sont souvent conçues par des jeunes. Au Kenya, par exemple, une maraichère a transformé son potager en une ferme verticale afin d’accroître sa production. Elle a aujourd’hui monté sa propre entreprise qui conçoit, fabrique et installe des structures similaires pour un large éventail de clients. Une autre personne interrogée avait développé une application mobile permettant aux agriculteurs d’entrer en contact avec des fournisseurs locaux de semences et d’engrais.
Malheureusement, ces innovations conçues par des jeunes bénéficient rarement du soutien politique et financier nécessaire à les pérenniser et à les développer. En dépit de leurs excellentes idées, la majorité des jeunes agriculteurs ne se sentent pas soutenus dans leurs efforts. Alors que les jeunes peuvent contribuer à résoudre le problème du chômage en Afrique, ceux qui sont le plus directement concernés par ce problème doivent encore être intégrés à la solution.
Nos recherches montrent que plusieurs stratégies permettraient d’atteindre cet objectif. Pour commencer, les jeunes ont besoin d’endroits où rencontrer des innovateurs partageant la même vision. A cette fin, les responsables politiques et le secteur privé doivent coopérer pour établir des centres d’incubation d’entreprises et des plateformes de conceptualisation et de collaboration qui permettraient aux jeunes de discuter, de construire et d’avoir accès aux technologies liées à l’agriculture.
De plus, les entreprises qui promeuvent les nouvelles technologies agricoles doivent se rendre dans les endroits où se rassemblent les jeunes pour offrir des formations pratiques adaptées à ce public cible. Si les derniers outils et appareils ne sont commercialisés que par le biais des médias sociaux, comme c’est souvent le cas, leur adoption en milieu rural restera limitée.
Ensuite, les jeunes doivent avoir accès aux produits et services financiers qui leur permettent de transformer leurs idées en activités commercialisables. Enfin, les pays doivent trouver le moyen d’impliquer leurs jeunes dans les premières étapes de la filière de développement des technologies. Comme le prouve l’initiative de la maraichère au Kenya, les jeunes sont souvent les meilleurs juges de ce qui produira des résultats concrets à long terme.
L’an dernier, j’ai eu l’honneur de présenter ces conclusions lors du Global Youth Economic Opportunities Summit (Sommet sur les opportunités économiques des jeunes) à Washington, DC, où j’ai évoqué le rôle des jeunes dans l’économie de l’Afrique et l’importance de recueillir leurs points de vue concernant l’avenir de l’agriculture africaine. Cette occasion a été une première étape importante pour faire connaître les idées des jeunes Africains.
Il reste toutefois beaucoup à faire. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’âge moyen de l’agriculteur africain est de 60 ans environ, alors que 60 pour cent de la population du continent a moins de 24 ans. Pour insuffler un nouvel élan au secteur agricole africain, l’ensemble de l’industrie doit innover. Et comme le prouvent nos recherches, la voie la plus prometteuse est de travailler beaucoup plus étroitement avec ceux qui ont le plus à gagner des progrès réalisés.
Roselyn Mugo est étudiante en droit à l’université de Nairobi et membre 2017-2018 du Youth Think Tank.
 


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