L’exemple de Volvo et la résistance aux antimicrobiens

Jeudi 27 Juillet 2017

La semaine dernière, Volvo a annoncé qu’il cessera de produire des véhicules à moteur diesel ou essence après 2019. Les dirigeants du constructeur automobile anticipent peut-être une baisse de la rentabilité du moteur à explosion. Mais quelles que soient leurs raisons, cette stimulante décision a eu un large écho. Dans les vingt-quatre heures, le président français Emmanuel Macron annonçait à son tour que la France allait interdire, à partir de 2040, la vente de voitures diesel et à essence.


La décision de Volvo confirme que les choses changent dans l’industrie automobile, et elle envoie un signal positif pour la lutte contre le changement climatique. Mais elle démontre surtout que les hommes et les organisations sont encore capables de prendre des initiatives courageuses pour relever les grands défis de notre époque.
Parmi les nombreux problèmes qui nous assaillent aujourd’hui à l’échelle mondiale, il en est un qui appelle et attend un engagement aussi décisif : la lutte contre la résistance aux antimicrobiens  (RAM). Pour les militants de cette cause, l’inscription de la RAM à l’ordre du jour du G20, l’an dernier, au sommet de Hangzhou, en Chine, représentait une immense victoire. Mais en 2016, la déclaration des dirigeants du G20, qui ne voulaient pas placer la barre trop haut, ne fut pas, pour ce qui concerne la RAM, aussi hardie qu’elle aurait pu l’être. On savait d’autre part que l’Allemagne, championne de la lutte contre la RAM, présiderait cette année le sommet, et l’on pouvait s’attendre à ce qu’elle mette sur la table des propositions courageuses.
À l’approche du sommet de Hambourg, j’ai commencé à m’inquiéter et à craindre que l’Allemagne ne réponde pas à ces attentes, alors qu’au contraire, elle a peu promis, mais fait beaucoup. Le long communiqué  final comprend une déclaration plus énergique que je ne le prévoyais sur la RAM.
Non seulement les dirigeants du G20 ont réaffirmé leur soutien aux efforts entrepris pour lutter contre la RAM par l’Organisation mondiale de la santé et par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), mais ils se sont engagés dans trois domaines cruciaux : les usages agricoles, le diagnostic et la mise sur le marché des médicaments. Trois domaines dans lesquels la volonté d’avancer devrait pouvoir porter ses fruits.
Pour ce qui concerne les pratiques agricoles, les dirigeants du G20 ont promis de restreindre l’usage des antibiotiques en dehors de la médecine vétérinaire, ce qui, en soi, est un pas énorme, puisque les antibiotiques sont aujourd’hui plus utilisés par de grands pays tels les États-Unis, et probablement la Chine et l’Inde, comme facteur de croissance dans l’élevage  que pour traiter les infections dont sont victimes les humains. L’Union européenne interdit cette pratique depuis maintenant une décennie, mais cette mesure n’est pas reprise au niveau mondial car certains intérêts s’y sont opposés dans les principaux pays producteurs de denrées alimentaires.
Pour autant, des pays comme les États-Unis et le Brésil pourrait imiter l’« exemple Volvo » : les responsables politiques n’ont qu’à dire aux producteurs ce qui sera et ne sera pas autorisé. Et le secteur privé lui aussi doit faire preuve en la matière d’initiative. Les producteurs et les distributeurs de denrées devraient s’engager sur la voie ouverte par un producteur de bacon du Devon qui n’utilise plus que du porc garanti sans antibiotiques. Walmart, Asda, Tesco et d’autres feront-ils désormais de même ?
Pour gagner la guerre contre la RAM, nous devons cesser de distribuer les antibiotiques comme des bonbons. À cette fin, nous aurons besoin de nouvelles technologies et de nouveaux moyens de mesure pour changer les pratiques de prescription et d’administration des antibiotiques. Ainsi demandions-nous, dans le rapport de la Commission d’étude sur la RAM que j’ai présidée, que les pays développés exigent, à partir de 2020, le passage de tests diagnostiques avant la prescription d’antibiotiques.
Pour n’importe quel pays développé, prendre ce genre de mesure, c’est s’affirmer comme acteur sur la scène mondiale. Et il en va de même des entreprises qui s’engageront à fournir la technologie diagnostique adaptée à un prix abordable, ou des laboratoires pharmaceutiques qui soutiendront ces nouvelles technologies complémentaires aux nouveaux antibiotiques actifs contre les bactéries à gram négatif, dont le prix devra être plus élevé, afin d’en décourager l’usage excessif.
Quel laboratoire pharmaceutique s’avérera le Volvo ou le Tesla de son secteur d’activité ? Si l’un d’eux prend la tête dans le développement de nouveaux médicaments contre les agents pathogènes résistants identifiés  comme prioritaires par l’OMS, il libérera les autres de leur carcan et les contraindra à voir au-delà de leurs bénéfices trimestriels.
Nous recommandions, dans le rapport de la Commission d’étude, 27 interventions susceptibles de résoudre le problème en l’espace d’une génération. Et pourtant, en dix années, trois laboratoires américains ont déjà dépensé plus d’argent à racheter leurs actions qu’il n’en aurait fallu pour mener à terme ces interventions. Les groupes pharmaceutiques sont désormais plus intéressés par leur gestion bilancielle que par la fabrication de médicaments. Quelqu’un doit renverser ce modèle et le remettre sur ses pieds.
La Commission préconisait aussi des gratifications à l’entrée sur le marché pour encourager l’innovation. Si les grands laboratoires pharmaceutiques consentaient à des investissements significatifs dans la recherche sur les antibiotiques, ils pourraient considérablement améliorer l’environnement actuel de la mise au point des nouveaux médicaments. Le G20 a proposé une « plateforme collaborative de recherche et développement », qui contribuera, on l’espère, à ces efforts. Ce n’est que lorsque l’industrie s’y mettra que la RAM prendra le chemin que sont en train de prendre les voitures diesel et à essence.
Traduction François Boisivon
Jim O’Neill, ancien président de Goldman Sachs Management Assets, ancien secrétaire d’État au Trésor britannique, ancien président de la Commission d’étude sur la résistance aux antimicrobiens, est professeur honoraire d’économie à l’université de Manchester.
 


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